Climat/COP21

Six points à retenir de l’Accord de Paris sur le climat 

Plus d’un mois après la COP21, prenons un peu de recul pour évaluer où nous en sommes et où nous devons aller. Jeff Hayward, directeur du programme Climat de Rainforest Alliance, nous livre ici les 6 points à retenir de l’Accord de Paris :

Par Jeff Hayward

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Lors des deux semaines très intenses passées avec la délégation Rainforest Alliance à la COP21 à Paris, il était étonnant de voir comment les gouvernements, les entreprises et la société civile se sont réunis pour forger un accord historique sur le climat .

Cet accord est loin d’être parfait. Il y a des lacunes : Les objectifs d’émissions de gaz à effet de serre (GES) ne sont pas encore assez ambitieux et les moyens spécifiques pour les renforcer et financer leur mise en œuvre sont des défis pour l’avenir. Mais l’accord montre clairement un axe mondial pour une planète bas carbone. En voici les raisons en 6 points :

1. Cette fois, c’est un accord unanime

Dans les accords antérieurs de la Convention cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC), seuls les pays développés avaient accepté de réduire leurs émissions de GES. Cette fois, 196 pays du Nord et du Sud, petits et grands émetteurs confondus, ont accepté l’Accord. Tous les pays ont des contributions nationales différentes mais cruciales à réaliser. Les pays émergents ont convenu d’une plus grande part de leur responsabilité. Presque tous les pays en développement et développés ont déjà soumis les plans de leurs contributions nationales (INDC) pour réduire les émissions de GES et faire face aux menaces du changement climatique. Environ 75 d’entre eux comportent une certaine forme de protection des forêts, en particulier dans les pays tropicaux.

2. Viser plus haut (ou plus bas)

Avant la COP21 , il y avait de nombreux débats quant à savoir si la limitation du réchauffement à 2 degrés Celsius était toujours réaliste. Mais l’Accord de Paris est allé encore plus loin et vise une limite de 1,5 degrés. Voilà un objectif plus sûr pour éviter les impacts climatiques les plus dangereux, les plus perturbateurs et les plus coûteux.

3. Oui, il est juridiquement contraignant

Il est largement admis que c’est un accord ayant force de loi, comme le mentionnait la décision de la COP17 à Durban en 2011. Il n’est pas moins contraignant qu’un «traité» ; techniquement, c’est un traité. L’administration Obama peut minimiser  cela en l’appelant un «accord général» car il n’a pas besoin d’être ratifié par le Sénat. En fait, de nombreux traités internationaux ayant force de loi pour les États-Unis ont été signés par le président sans passer par le Sénat. Contrairement au traité sur le climat précédent (le Protocole de Kyoto), celui-ci ne sera pas ignoré par les signataires au motif qu’il n’est pas ratifié.

Les 196 pays sont obligés de revoir leur réduction des émissions de gaz à effet de serre tous les cinq ans, exigeant un cadre pour l’augmentation des objectifs au fil du temps. De nouvelles façons de notification et de suivi des progrès de chaque pays vont assurer la transparence et aider la mise en oeuvre d’une course vers le sommet. Chaque pays doit encore déterminer et adopter les lois nationales nécessaires pour appliquer leurs engagements climatiques. Mais l’Accord de Paris leur a donné plus de confiance et de volonté politique pour le faire.

4. Les entreprises à bord

Le secteur privé a été plus engagé que jamais dans ce processus, avec des milliers d’entreprises, investisseurs et coalitions commerciales impliqués au cours de l’année écoulée.  Quelques 5000 entreprises mondiales représentant pratiquement tous les secteurs industriels et plus de 90 pays, ont pris des engagements pour le climat. En font partie les signataires de  American Business Act on Climate Pledge , le CDP/We Mean Business Coalition, le groupe World Economic Form CEOs , la B Team et bien d’autres. L’ensemble des recettes annuelles des entreprises engagées dans l’action climatique représente au total 38 000 000 000 000 $  – environ la moitié du PIB mondial et la majorité de la capitalisation boursière du monde. Déjà, le marché mondial des biens et services bas carbone est estimé à  5,5 trillions $ par an. L’accord devrait accroître la confiance des investisseurs et augmenter la part encore faible de l’économie bas carbone au niveau mondial.

Lors des négociations sur le climat à Paris, Unilever et d’autres grandes multinationales ont annoncé des plans visant à stabiliser la couverture forestière d’ici 2030 et la restaurer au niveau de celle de 1990 d’ici 2050. Des centaines de grandes entreprises se sont engagées à éliminer la déforestation de leurs chaînes d’approvisionnement, y compris celles qui constituent environ 90% du marché mondial de l’huile de palme. Leur soutien a contribué à donner une place importante à la conservation des forêts dans l’Accord de Paris.

5. Le rôle des forêts reconnu

La sylviculture, l’agriculture et autre utilisation des terres représentant près d’un quart des émissions de GES mondiales, sont un élément clé du puzzle climatique. Préserver les forêts, c’est une valeur financière en raison du carbone qu’elles stockent et des autres services écosystémiques qu’elles fournissent.

L’Accord de Paris le reconnaît et a consacré toute une section (article 5) sur la réduction des émissions de GES dues à la déforestation et à la dégradation des forêts (REDD), la gestion durable des forêts, la conservation des forêts et le reboisement. Il souligne l’importance des forêts dans la lutte contre le changement climatique, et renforce les mécanismes financiers des paiements pour une conservation efficace des forêts.

Pendant ce temps, les négociateurs écartaient largement la question de la réduction des émissions de GES provenant de l’agriculture et de l’élevage. Même si ces deux secteurs agricoles sont des principaux émetteurs de GES, l’Accord de Paris ne les mentionne pas, sauf en ce qui concerne la sécurité alimentaire. Mais les plans d’action climatique devraient inclure une révolution des systèmes de production alimentaire pour les milliards de personnes vivant sous le seuil de pauvreté, afin que les agriculteurs puissent satisfaire la demande croissante en nourriture et réduisent leurs émissions de GES, tout en augmentant leurs rendements et leurs revenus tirés de leur travail de la terre, sans détruire davantage de forêts.

6. Combler l’écart des émissions

Avec toute son ambition, il y a de nombreuses autres choses que l’Accord de Paris ne traite pas, et aucune garantie quant à la façon dont nous aborderons la partie la plus difficile.

Par exemple, il n’y a aucune obligation juridiquement contraignante pour les pays riches à respecter leurs engagements de verser 100 milliards $ par an à partir de 2020 pour aider les pays en développement à atténuer et s’adapter au changement climatique. Toutefois, il y a eu quelques annonces de financement volontaire, comme l’Allemagne, la Norvège et le Royaume-Uni engageant 5 milliards $ sur les cinq prochaines années pour réduire les émissions provenant de la déforestation tropicale.

L’accord ne fixe pas de prix carbone. Il fixe des objectifs ambitieux de réduction des émissions que les gouvernements nationaux devront planifier et signaler. Mais comment les pays le font, si c’est par le biais de taxes de carbone, systèmes d’échange ou autre dispositif et à quelle vitesse ils progressent, cela reste à voir en fonction des stades de chaque pays.

La différence entre ce que l’Accord de Paris et les INDC requièrent des pays, et ce que les pays doivent faire pour limiter le réchauffement à 1,5 degrés Celsius, est appelé  » l’écart des émissions ». Cet écart demeure important et il faudra de nombreux accords, et une action à plusieurs niveaux (local, régional, national, international), ainsi qu’au niveau des marchés, de la technologie, de la société civile, pour le combler.

Mais Paris marque clairement un tournant, le début d’une transformation de la trajectoire du « business-as-usual » vers une économie mondiale durable, que les gouvernements et les entreprises poursuivent ensemble. Nous serons en mesure de reconnaître si c’est un succès par les signes de progrès que nous verront dans les années à venir. Lorsque la transition vers les énergies décarbonées s’accéléreront ; lorsque les gouvernements, les marchés et les entreprises fixeront un prix à la pollution du carbone qui plus est apparaitra dans les livres comptables ; lorsque l’utilisation des terres, des forêts et autres territoires sera durable et que les écosystèmes seront restaurés et protégés, l’écart des émissions sera comblé et les objectifs de l’accord de Paris seront alors à porté de main. Voilà à quel moment nous saurons si cela a fonctionné. Avec des multinationales qui contrôlent la moitié du PIB mondial et qui bougent déjà vers une économie bas carbone, ce jour pourrait arriver rapidement.

Cet article est paru sur GreenBiz.

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