Forêt

La Réserve de biosphère Maya : un terrain d’expérience de gestion communautaire des forêts

L'ancienne cité Tikal se trouve dans la réserve de biosphère Maya. Crédit photo : Charlie Watson.

L’ancienne cité Tikal se trouve dans la réserve de biosphère Maya. Crédit photo : Charlie Watson.

La vue des grandes pyramides Mayas de Tikal, dans la région de Petén au Guatemala, dévoile un panorama de plus en plus rare dans les pays tropicaux : une canopée ininterrompue de la forêt naturelle à perte de vue. L’ancienne cité de Tikal – l’un des plus grands sites archéologiques et centres urbains de la civilisation maya précolombienne – se trouve au coeur d’un parc national situé dans la réserve de biosphère Maya, qui s’étend sur un territoire de 21 129,40 km2. Créée en 1990, la réserve constitue le plus grand bloc forestier naturel en Méso-Amérique.

Mais elle n’est pas une réserve classique. Au lieu de former une grande zone protégée qui est contrôlée par l’État, la réserve est gérée par un réseau de plus de vingt-cinq unités différentes. Quatorze sont des concessions forestières qui ont environ 25 ans et douze sont des communautés locales qui font l’exploitation du bois et d’autres produits forestiers.

La décision prise en 1997 par le gouvernement du Guatemala de laisser la gestion de la forêt aux communautés locales dans une zone protégée demeure controversée.  A ce titre le Guatemala a été pionnier : au cours de la dernière décennie, cette tendance s’est affirmée dans tous les pays tropicaux. Aujourd’hui, près d’un tiers des forêts tropicales dans le monde est géré sous des formes communautaires. Ce changement s’est opéré pour diverses raisons, s’inscrivant dans les initiatives visant à décentraliser la gouvernance, ainsi que le fait de reconnaître que les simples aires protégées – un modèle conçu dans le grand Ouest américain qui est désertique – n’a pas donné de bons résultats dans les zones tropicales qui sont bien plus peuplées. La logique derrière la gestion communautaire des forêts veut que lorsque les populations locales sont autorisées à exploiter durablement les ressources forestières, la forêt sera plus efficacement protégée, tout en offrant des possibilités de revenus et de développement aux communautés locales, qui sans cela pourraient se trouver marginalisées et dans la pauvreté.

 Un arbre "mère" d'acajou dans la concession forestière Carmelita est marqué d'un "S" pour semilla (semences) et signifier qu'il ne doit pas être coupé. Crédit photo : Sergio Izquierdo.


Un arbre « mère » d’acajou dans la concession forestière Carmelita est marqué d’un « S » pour semilla (semences) et signifier qu’il ne doit pas être coupé. Crédit photo : Sergio Izquierdo.

Mais est-ce que ça marche ?

Au cours de l’année passée, Rainforest Alliance a collaboré avec le gouvernement guatémaltèque, un groupe local d’organisations appelé ACOFOP, des ONG et les concessions forestières elles-mêmes pour évaluer les impacts environnementaux, sociaux et économiques de la gestion communautaire des forêts dans la réserve. Quinze ans après que les concessions forestières aient été accordées, les résultats sont positifs.

En observant le couvert forestier depuis l’an 2000, dans un rapport récent avec la Wildlife Conservation Society et l’agence gouvernementale guatémaltèque qui administre la réserve (CONAP), nous avons constaté que les concessions forestières ont été au moins aussi efficace que les aires protégées pour préserver les forêts. Alors que trois des quatorze concessions initiales ont disparu, celles qui demeurent ont un taux proche de zéro déforestation. Ceci est surprenant dans une région comme le nord du Guatemala, où la conversion des forêts – effectuée généralement au profit de l’élevage et souvent liée au narcotrafic – est la plus élevée en Amérique. Alors que certaines zones protégées, comme Tikal, ont réussi à freiner la déforestation, d’autres ont des taux de déforestation au-dessus des moyennes régionales, principalement en raison d’un déboisement illégal en faveur de l’élevage bovin. Nous avons alors recommandé la création de nouvelles concessions forestières et l’expansion de celles déjà existantes, afin de mieux contrôler la conversion des forêts.

Et que dire des arbres à l’intérieur des forêts ?

Les concessions suivent des principes rationnels de gestion forestière, les plaçant, en terme de gestion durable, bien au-delà de la majorité des exploitations forestières dans les pays tropicaux. Toutes les concessions doivent avoir un plan de gestion à long terme correspondant à la longueur du cycle de coupe (25-40 ans), qui est réalisé avec l’aide d’un gestionnaire forestier professionnel. Ces plans sont mis à jour tous les cinq ans, faisant une évaluation des cinq futures années de récolte en évaluant le volume d’arbres d’un échantillon de trois pour cent de la zone. Chaque année, afin de recevoir un permis de récolte, des plans d’opération annuels doivent être préparés sur la base d’un recensement de tous les arbres commercialisables de plus de 30 centimètres qui sont géo-référencés.

Au-delà de l’identification des espèces, les registres d’inventaire stipulent la hauteur des arbres, la qualité des tiges et la zone basale. Les plans annuels doivent contenir des cartes avec des pistes de débardage, des routes d’extraction et d’atterrissage. Fondamentalement, grâce à des investissements lourds de l’USAID (l’Agence des États-Unis pour le développement international), de la BID (Banque Interaméricaine de Développement) et d’autres organisations sous forme d’assistance technique, les membres des communautés ne sont pas seulement impliqués dans ces étapes, mais jouent un rôle actif en donnant des orientations. Ainsi, les bénéfices vont au-delà de la protection immédiate des ressources forestières, puisque les communautés ont développé de grandes compétences en gestion des forêts au niveau local. Pour obtenir et poursuivre l’exploitation d’une concession, le gouvernement a également fait une obligation de se conformer aux normes du FSC (Forest Stewardship Council).

Un travailleur de l'entreprise communautaire FORESCOM créé de la valeur ajoutée au bois récolté dans les concessions forestières. Crédit photo : Sergio Izquierdo.

Un travailleur de l’entreprise communautaire FORESCOM créé de la valeur ajoutée au bois récolté dans les concessions forestières. Crédit photo : Sergio Izquierdo.

L’approche sylvicole consiste en la sélection d’arbre unique. Le volume de récolte par unité de surface est très faible, typiquement inférieure à un arbre par acre. Les plans annuels prescrivent quels arbres doivent être coupés et lesquels seront conservés pour des coupes ultérieures ou protégés comme arbres semenciers. L‘enrichissement des plantations est nécessaire bien que cette pratique ne soit pas toujours effectuée et que beaucoup doute de son efficacité. Historiquement, la récolte de bois a été fortement axée sur l’acajou (Swietenia macrophylla) et le cèdre espagnol (Cedrela odorata), qui, ensemble, représentent encore environ 75 pour cent de la récolte en volume et la majeure partie des bénéfices de la forêt.

Dans d’autres forêts tropicales, la sur-dépendance d’un petit nombre d’espèces d’arbres a conduit à l’écrémage, malgré l’établissement de contrôles dans la gestion des forêts. Conscient de ce phénomène, nous avons fait récemment une évaluation systématique de la régénération d’arbres dans un échantillon de concessions. Avec la collaboration de ACOFOP, CONAP, des communautés locales et d’un organisme de recherche du Costa Rica – CATIE -, les résultats de notre étude disent que dans les conditions actuelles, les populations d’acajou devraient récupérer leurs densités et leurs volumes initiaux d’ici la fin de chaque cycle de coupe. Cela contraste fortement avec la situation des pays comme le Brésil et le Mexique, où les stocks d’acajou dans les forêts aménagées sont en lente voie d’épuisement. On attribue la différence de situation avec le Guatemala, surtout à des calculs de récolte de volume étant liés à la réalité biologique. Les coupes permises sont basées sur la croissance attendue et le recrutement de semis plutôt que la simple coupe en diamètre limité, qui est la norme dans la plupart des régions tropicales. Les conditions très favorables de la région de Petén pour la régénération de l’acajou y contribue également.

Bien que les bois précieux constituent encore la base de la plupart des décisions sylvicoles et compte pour la part du lion dans les revenus, les concessions ont travaillé à diversifier la production. Il existe une demande en forte progression pour des espèces de bois tropicaux d’Amérique centrale et du Sud moins connues : santa maría (Callophylum brasiliense), pucté (de Bucida buceras) et machiche (Lonchocarpus castilloi.). Les marchés évoluent rapidement ; la demande mondiale a maintenant fortement augmenté pour ces espèces exotiques denses, en particulier sur les marchés de niche dans les secteurs de l’ameublement et du bâtiment.

Au-delà de l’exploitation du bois, les concessions ont également développées d’autres activités autour d’un certain nombre de produits forestiers non ligneux, comme le xaté (un palmier qui a un solide marché d’exportation aux États-Unis), la noix Maya et le piment. Et l’intérêt de certains acheteurs de niche pour la gomme naturelle offre un peu d’espoir pour la relance de l’industrie du chewing gum. Avant que les gommes synthétiques ne soient inventées dans les années 1950, l’entaillage des arbres pour la gomme était le moteur économique de Petén, et des entreprises comme Wrigley achetaient des tonnes de latex par an.

Par Benjamin D. Hodgdon, directeur Forêt Durable chez Rainforest Alliance.

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