COP21/Forêt

Pourquoi les entreprises ont-elles besoin d’un accord REDD+ à la conférence de Paris sur le climat ?

jeff-hayward-bio

A quelques semaines de la conférence de Paris sur le climat (COP21), notre directeur climat, Jeff Hayward, qui y dirigera la délégation Rainforest Alliance, vient de publier un article (en anglais) dans Businessgreen.com. Il explique en quoi un accord mondial sur le climat est important pour arrêter la déforestation et restaurer les terres dégradées. Voici l’essentiel de son propos traduit en français :

Un accord mondial sur le climat pourrait faire une grande différence pour les entreprises qui cherchent déjà à éliminer la déforestation de leurs activités, avec un effet d’entraînement auprès des entreprises en retard sur le sujet.

La réduction des émissions de CO2 provenant de la déforestation et de la dégradation des forêts (projet REDD) et les investissements dans les produits verts sont aujourd’hui au secteur agricole ce que les énergies renouvelables sont au secteur de l’énergie. Ce sont les innovations que nous avons à notre portée pour nous adapter à un monde aux ressources limitées et réduire nos émissions de carbone.

Dans leurs pourparlers, les négociateurs de la COP21 à Paris se concentreront de manière significative sur les forêts, et devraient aboutir à un accord plus large sur le programme REDD+ (Réduire les émissions de CO2 provenant de la déforestation et de la dégradation des forêts et prendre en compte l’augmentation des stocks de carbone). Pendant ce temps, de nombreuses multinationales se sont déjà engagées à la production et l’approvisionnement de matières agricoles comme le papier, l’huile de palme, le soja et la viande de boeuf de façon à stopper la déforestation et à répondre au changement climatique.

(…) Ce sont au total des centaines de grandes entreprises dont l’activité économique représente plusieurs milliards de $, y compris les entreprises représentant 90 pour cent du marché mondial d’huile de palme, qui se sont engagées à éliminer la déforestation de leurs chaînes d’approvisionnement d’ici 2020 ou 2030. Il s’agit des 52 entreprises ayant signé la Déclaration de New York sur les forêts, celles membres du Consumer Goods Forum, la coalition CDP/We Mean Business et le Tropical Forest Alliance 2020, ainsi que de nombreuses autres entreprises qui ont fait des déclarations individuelles de « non déforestation ».

Elles se sont engagées, même sans l’existence d’accord mondial sur le climat (les accords sur le climat n’étant généralement pas axés sur le secteur privé de toute façon). Mais parvenir à un accord à Paris pourrait faire une grande différence pour les entreprises qui agissent déjà pour éliminer la déforestation de leurs activités, et en engager d’autres à agir. Davantage de certitudes quant aux règles du mécanisme REDD devrait également aider les entreprises à obtenir des gouvernements qu’ils travaillent dans la même direction.

Depuis la création du mécanisme REDD à la COP 2007 à Bali, avec près de 8 milliards $ promis à ce jour, de nombreux pays ont investi dans la création des conditions et des capacités nécessaires pour mettre en œuvre les objectifs de non déforestation. Ils ont réalisé beaucoup de choses, mais il y a encore beaucoup de travail à faire, y compris une meilleure planification du territoire, une gouvernance forestière et une réforme réglementaire.

Les pays REDD font toujours face à des défis majeurs en ce qui concerne l’évaluation de l’état de leurs ressources forestières et de leurs risques. Il en est de même pour les entreprises qui tentent d’évaluer la situation des forêts dans leurs chaînes d’approvisionnement. Par exemple, pour savoir si les zones de culture d’huile de palme ou d’élevage bovin ont été récemment déboisées, il faut opérer une surveillance des changements de la couverture forestière, qui est indispensable à la fois pour le programme REDD d’un pays et la gestion de la chaîne d’approvisionnement d’une entreprise. Mais la surveillance de grandes étendues de forêt en temps réel est techniquement difficile, et jusqu’à récemment, les capacités étaient très limitées pour le faire. Les systèmes de surveillance des forêts d’aujourd’hui s’améliorent, grâce en grande partie à l’évolution du programme REDD.

Dans leurs déclarations de non déforestation, de nombreuses entreprises ont également promis de respecter des garanties sociales et environnementales. Mais elles auront du mal à gérer et résoudre les conflits fonciers, à prévenir les violations des droits de l’homme dans les conflits forestiers, à moins que les gouvernements ne se soient engagés à des réformes dans ces domaines.

Il sont de plus en plus nombreux. Les pays REDD mettent en place de meilleurs systèmes de sauvegarde et de reporting sur les risques pour les communautés forestières et l’environnement. De plus grands efforts pour inclure les peuples autochtones et les communautés forestières dans la prise de décision ont été encouragés par REDD, permettant de parer ou résoudre les conflits forestiers. Ces améliorations ont été essentielles aux entreprises opérant dans ces pays et elles doivent continuer.

Mais jusqu’à présent, personne ne peut dire si les promesses de REDD se sont concrétisées. Il y a maintenant moins de potentiel de grands financements par les marchés du carbone pour préserver de nombreuses forêts tropicales menacées. La mise en œuvre de REDD s’est avérée plus compliqué que nous le pensions. Mais la tendance des entreprises qui ont des objectifs de non déforestation, les intégrant à une planification et production agricole durable, rendent les promesses REDD davantage à potée de main.

Un accord mondial à Paris favoriserait cette tendance. Il permettrait de mieux tirer parti des progrès à plusieurs niveaux sur la création des conditions essentielles pour arrêter la déforestation et restaurer les terres dégradées, en particulier dans les zones tropicales, qui séquestrent le plus de carbone et comportent la biodiversité la plus riche. Un accord permettrait de consolider les acquis récents sur les secteurs agricoles et forestiers dans les différents pays à travailler ensemble. En posant les règles REDD communes à chacun, un accord permettrait de prendre de meilleures décisions concernant l’utilisation des terres et aussi d’être plus coordonnés. Ce sont les conditions dont le secteur privé a besoin pour maintenir et renforcer l’élan remarquable qu’il a engagé, pour que plus d’entreprises agissent afin d’éliminer la déforestation de leurs chaînes d’approvisionnement.

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