Rainforest Alliance

Le cœur et l’âme vers les tropiques

Stuart Singleton-White a l’apparence de quelqu’un qui ne s’énerve pas facilement. Mais des nerfs d’acier sont indispensables au directeur britannique de l’ONG Rainforest Alliance. Il est responsable de toutes les activités de communication de l’organisation en Europe et en Asie. Chaque jour, il reçoit des demandes de nombreux pays sur le travail de l’ONG pour la protection des forêts, la certification FSC, l’agriculture durable et la norme SAN du Réseau d’Agriculture Durable (Sustainable Agriculture Network, en anglais).

Stuart Singleton-White, directeur communication externe (Europe & Asie) de Rainforest Alliance

Stuart Singleton-White, directeur communication externe (Europe & Asie) de Rainforest Alliance

Rainforest Alliance est une organisation de conservation de la nature qui a été fondée il y a plus de 25 ans pour freiner la déforestation massive dans les pays tropicaux. « A cette époque, les forêts disparaissent au rythme de 35 terrains de football toutes les minutes », explique Stuart Singleton-White. « A un tel rythme, chaque arbre pouvant être sauvé compte. » A cette époque, une douzaine de militants étaient convaincus que les simples confrontations et campagnes de dénonciation qui avaient lieu et qui redoublaient contre les industriels à ce moment là, pouvaient faire la une des journaux, mais ne permettraient pas d’opérer un changement véritablement durable, ni de sauver les forêts.

Norme pour la sylviculture durable

Pourtant c’est ce que les activistes voulaient. Avec des experts et spécialistes alliés ils ont établi la première norme de certification forestière durable, qui a également convaincu de nombreuses autres ONG et qui a abouti à la création du FSC (Forest Stewardship Council) pour la gestion durable des forêts. Aujourd’hui la norme FSC est considérée comme précurseur et comme un exemple par rapport à d’autres programmes. Rainforest Alliance est le plus grand certificateur FSC. « Cependant, nous avons dû faire face au fait que les forêts des régions tropicales et subtropicales ont été de plus en plus détruites non seulement pour le bois, mais surtout pour l’agriculture (expansion des zones de cultures et monocultures menaçant les forêts en tant qu’écosystème). » Stuart Singleton-White ajoute : « A cette époque, il n’existait pas un seul programme d’agriculture responsable dans les pays tropicaux pour la conservation de ces forêts équatoriales si riches en biodiversité, pas un seul. »

L’agroforesterie

Les systèmes agroforestiers tropicaux signifient très peu pour le commerce bio. « L’agroforesterie est la combinaison de l’agriculture et de la sylviculture, qui est typique des régions densément boisées dans les tropiques. Les programmes équitable se concentraient exclusivement sur les petits producteurs, sans personnel permanent, et se préoccupaient principalement des aspects sociaux, pas de l’environnement. »

L’agriculture durable

Pour cette raison, Rainforest Alliance s’est uni à d’autres groupes environnementaux d’Amérique latine pour élaborer une norme adaptée aux besoins spécifiques des cultures dans les régions tropicales et pour couvrir l’ensemble des trois piliers de la durabilité : l’écologie, les aspects sociaux et l’efficience économique. « Il n’est guère possible de séparer ces trois sujets de toute façon, » pense Stuart Singleton-White. « La préservation de l’eau en soi et la préservation des ressources d’eau potable en particulier, est-ce juste un problème écologique ou est-ce aussi une question sociale ? C’est les deux à la fois. « Idem pour l’éducation. L’éducation sert à la protection de l’environnement, la promotion de systèmes sociaux sur les questions liées à l’égalité des droits et l’égalité de traitement, en évitant la discrimination et elle participe à la professionnalisation des agriculteurs dans les pays du Sud. Cela est particulièrement vrai dans les régions pauvres qui sont négligées lorsqu’il s’agit de l’aide au développement, en renforçant les producteurs sur le plan économique. « L’éducation n’est pas seulement une question sociale, mais concerne les trois domaines de la durabilité. »

En fin de compte, la norme SAN pour l’Agriculture Durable est née en 1999. Le SAN est constitué de groupes locaux de protection de l’environnement en Amérique latine, et plus récement d’Inde et de Côte d’Ivoire, ainsi que de Rainforest Alliance. Le respect de la norme SAN autorise les agriculteurs à utiliser le label Rainforest Alliance. Cette norme se compose de 100 critères répartis dans 10 chapitres. Les critiques disent que tous les critères du cahier des charges n’ont pas besoin d’être remplis par les producteurs. «C’est exact», répond Stuart Singleton-White. « Et pourtant, pour les agriculteurs du Sud, en Amérique latine, Afrique et Asie, c’est une norme très exigeante et difficile à obtenir. »

Biodiversité

Par exemple, les producteurs ne peuvent pas détruire les écosystèmes à haute valeur de conservation pour la biodiversité. De même, ils ne doivent pas exploiter de zones où les forêts on été abattues depuis le 1er novembre 2005. Un producteur qui a depuis utilisé ces terres ne peut être certifié. « Nous rencontrons régulièrement des agriculteurs qui souhaiteraient adhérer à la norme SAN, mais qui en sont exclus en raison de leur intervention passée dans les écosystèmes locaux. » Il y a aussi des incidences des agriculteurs qui ne sont plus autorisés à utiliser le label Rainforest Alliance parce qu’ils ont empiété sur des aires protégées, comme des parcs nationaux. Selon la norme SAN, l’utilisation du génie génétique est également interdit. « Pourtant, les agriculteurs en Amérique latine se plaignent de plus en plus parce qu’il est presque impossible d’acheter des aliments sans OGM, ou même des semences qu’ils peuvent cultiver eux-même pour leur bétail, comme le maïs.

« L’Europe est parfois trop préoccupée par elle-même », estime ce britannique excentrique et europhile. « Pour l’agriculture d’Amérique latine, c’est un fait accompli : il n’y aura pas d’alternatives aux OGM. Mais cela ne semble intéresser personne ici. » Et ce, même si par exemple, le Brésil est depuis longtemps devenu le plus grand exportateur de produits alimentaires du monde.

Le génie génétique

La question du génie génétique est l’une des nombreuses questions auxquelles Rainforest Alliance doit trouver une réponse équilibrée et durable à la fois pour les producteurs et les consommateurs. Répondre aux demandes des deux groupes est juste impossible. Si les uns croient que davantage doit être fait pour la biodiversité, estimant que les singes, les oiseaux et les insectes sont plus importants que les êtres humains, d’autres veulent des solutions clés en main qui sont tout aussi efficaces pour les grandes plantations que pour les petites fermes. Car, bien que la surface moyenne des fermes certifiées Rainforest Alliance ne soit que de 3 hectares, l’ONG ne veut pas laisser passer l’occasion de peser également d’avantage sur les grandes plantations. « Nous sommes en effet assis entre deux chaises, mais il est impossible de plaire à tout le monde et même ce n’est pas souhaitable », dit Stuart Singleton-White, qui avant de rejoindre Rainforest Alliance a passé de nombreuses années en tant que conseillé du WWF en Angleterre et aussi comme consultant politique engagé.

Les principaux produits agricoles sont le café, le thé et le cacao, ainsi que les bananes, les ananas, les agrumes et les épices. Plus de 50 cultures différentes sont maintenant produites selon la norme SAN. « L’ananas est un véritable défi », affirme Stuart Singleton-White. « Beaucoup d’agriculteurs s’intéressent aux méthodes de culture respectueuses de l’environnement seulement lorsque les dommages sont déjà fait. » Ou comme un des fondateurs de Rainforest Alliance, Chris Wille, déclara un jour : « Nous obtenons souvent la possibilité de nous impliquer dans les fermes quand les choses sont plus ou moins au point mort, l’érosion a atteint un stade avancé, la nappe phréatique a diminué et le sol a été lessivé. Bien sûr, il est impossible de transformer ces zones en paradis écologique en une nuit, ni même en l’espace de trois ans ». Stuart Singleton-White a ses certitudes : « La conversion de ces zones vers une agriculture respectueuse de la nature est une tâche herculéenne qui nécessite un travail acharné sur de nombreuses années, et naturellement, qui devra aussi affronter des revers. Mais si ces zones ne reçoivent aucune attention, les mêmes erreurs seront répétées encore et encore. Et les forêts avoisinantes seront détruites. »

La norme SAN est actuellement en cours de révision. La nouvelle version plus rigoureuse sera publiée au cours de l’année 2015.

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