Climat

La route de Lima à Paris

Crédit photo : Ryan Monaghan

Le conférence mondiale sur le climat à Lima (COP20), au Pérou, ne produira pas un traité sur le climat – c’est l’objectif de la conférence sur le climat à Paris (COP21), l’année prochaine. Mais la dynamique de construction du mouvement sur le climat pourrait infuser le processus de l’ONU avec le sentiment d’urgence ressenti par les populations du monde entier qui déjà font face au réchauffement climatique.

Ce sentiment d’urgence a été incarnée par la « Marche du peuple pour le climat », où 400 000 personnes dans les rues de New York ont manifesté mais aussi à Paris, Londres, Dublin, Berlin, Rio de Janeiro, Melbourne et dans de nombreuses autres villes du monde entier. Ce sentiment d’urgence se reflète dans les récents rapports du GIEC, les déclarations du sommet mondial sur le climat de l’ONU et l’accord sino-américain sur les émissions de gaz à effet de serre – ceci étant le moteur d’initiatives précurseurs sur le climat, à l’échelle régionale et locale, qui prolifèrent dans le monde entier.

Dans le meilleur des cas, la COP20 permettra de saisir l’urgence de la situation. Pourtant, même si elle contribue à ouvrir la voie à un traité mondial, nous ne parviendrons jamais à agir par dictat. Le problème du réchauffement planétaire signifie aborder tout une série d’autres accords à plusieurs niveaux couvrant les pays les plus émetteurs (seulement 20 nations émettent 80 pour cent des émissions de GES dans le monde) ainsi que les secteurs ayant des impacts importants sur le climat.

Le secteur de l’énergie n’est pas le seul, mais il est au sommet de la liste. L’agriculture, la sylviculture et d’autres utilisations des terres, telles que la conversion des zones humides ou des prairies, sont responsables d’un quart des émissions mondiales de GES. Le dernier rapport du GIEC et le sommet mondial sur le climat de l’ONU soulignent la place que jouent la sylviculture et l’agriculture comme principaux contributeurs au réchauffement climatique. La déclaration de New York sur les forêts désigne le soja, l’huile de palme, l’élevage bovin et le papier comme la cause de la moitié de la déforestation mondiale et appelle à mettre fin à la déforestation d’ici 2030. Mettre fin à la déforestation d’ici là équivaudrait à éliminer les émissions de GES des véhicules du monde entier – ou les émissions de l’ensemble de l’économie américaine.

Bien que les émissions de l’agriculture et de la sylviculture aient diminué récemment, que la déforestation en Amazonie brésilienne ait considérablement ralenti dans la dernière décennie, une nouvelle analyse de IMAZON montre que la déforestation au Brésil a augmenté de 29 pour cent l’an dernier, et de 190 pour cent cette année. C’est très inquiétant pour l’Amazonie, les forêts tropicales du monde et pour nous tous.

Le Brésil a combattu la déforestation avec « le bâton, et non la carotte ». Mais pour atteindre et préserver les acquis, nous aurons besoin des deux. Nous devons mettre fin à la déforestation pour produire du bœuf, de l’huile de palme et du soja d’abord par des actions volontaires de la part des exploitations, puis en adoptant et en appliquant les lois et les traités. Dans le même temps, nous devons répondre aux besoins de la population mondiale qui augmente, sans détruire les forêts. Cela signifie qu’il faut augmenter les rendements des terres agricoles existantes, restaurer les terres dégradées, et faire en sorte que les forêts sur pied aient plus de valeur que quand on les coupe grâce à des programmes comme REDD+ ou la certification FSC (Forest Stewardship Council).

À Lima, la délégation Rainforest Alliance présentera quelques-unes des nombreuses façons de promouvoir ces stratégies sur le terrain. Au Brésil, par exemple, nous avons certifié les premiers élevages bovins durables sans déforestation et nous y développons activement l’élevage durable. Dans la région andino-amazonienne, nous montrons comment différentes approches peuvent travailler ensemble au niveau de territoires : élevage durable en Colombie ; reboisement commercial en Équateur ; et récolte durable des produits forestiers ligneux et non ligneux tels que les fruits de palmier au Pérou.

Ces programmes ont réussi à réduire les émissions de GES, à protéger les forêts amazoniennes et restaurer les terres dégradées en partie parce qu’ils ont aussi augmenté la productivité agricole, apporter des gains économiques aux utilisateurs des terres et améliorer les moyens de subsistance des producteurs.

Ces initiatives offrent un aperçu du potentiel de la conférence de Lima : des actions plus régionales et bilatérales, et la reconnaissance qu’atteindre des objectifs d’émissions exige des solutions multi-niveaux et multi-disciplinaires qui renforcent les perspectives économiques de la population tout en réduisant les impacts climatiques.

Faire ce qui marche, c’est non seulement une stratégie pratique, mais c’est aussi respecter les droits des populations agricoles et forestières. Nous sommes à un tournant critique de l’histoire, et il y a beaucoup de leaders de la conservation de la nature parmi les milliards de personnes qui dépendent de la terre pour leur subsistance. Leandro Salinas, un agriculteur qui cultive du café en faveur du climat dans la région vulnérable d’Oaxaca, au Mexique, où le changement climatique menace le mode de vie des producteurs de café, déclare : « Même si nous savons que nous ne ne sommes pas responsables – car d’autres en sont la cause – nous aussi, nous devons faire quelque chose ».

Le réchauffement climatique ne force pas seulement les gens dans les atolls et les zones côtières inondables à abandonner leurs maisons. Il oblige également le déplacement de petits exploitants, de communautés rurales, agricoles et forestières, dont la subsistance dépend de la terre. Au fur et à mesure que les pressions montent, ils ont besoin de financements, de savoir-faire et de technologie pour faire face aux impacts climatiques de plus en plus graves ainsi qu’à des alternatives viables à la déforestation pour toujours plus de terres cultivables ou la production de bois.

C’est pourquoi il est impératif pour les décideurs mondiaux d’aligner les objectifs climatiques à la production alimentaire et aux moyens d’existence durables. La COP20 est une occasion pour eux de faire progresser ce programme et de l’intégrer à tous les pays, à toutes les régions et par des accords internationaux. Cela ouvrirait la route de Paris et au-delà.

Jeff Hayward est le directeur du programme climat de Rainforest Alliance. Il dirige la délégation de Rainforest Alliance à la conférence de Lima sur le changement climatique (COP20).

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