Agroforesterie/Climat

L’agroforesterie en Côte d’Ivoire et au Ghana : une technique qui permet de s’adapter aux impacts du changement climatique dans la culture du cacao

Rainforest Alliance a créé un département Climat qui vérifie, notamment, les projets de compensation carbone comme par exemple à Madagascar. « Cette action n’est pas toujours pertinente au niveau des cacaoyers de l’Afrique de l’Ouest car il y a peu de carbone dans les exploitations en bordure des rares forêts restantes ; ceci dit, il y a d’autres actions à mener, moins pour atténuer le changement climatique mais plus pour permettre l’adaptation », déclare le Dr Martin Nopponen, expert technique Climat chez Rainforest Alliance.

En effet, avec un réchauffement climatique estimé à deux degrés en Afrique de l’Ouest d’ici 2050, il serait recommandé de développer des techniques pour réduire la consommation d’eau dans les plantations (sélectionner les arbres d’ombrage en ce sens), selon Goetz Schroth, directeur de notre programme Cacao.

Les arbres d'ombrage protègent les cacaoyers moins hauts du soleil, réduisent l'érosion des sols et améliorent la qualité des sols en retenant plus d’eau, de carbone et d’azote.

Les arbres d’ombrage protègent les cacaoyers moins hauts du soleil, réduisent l’érosion des sols et améliorent la qualité des sols en retenant plus d’eau, de carbone et d’azote.

Il n’y a pas de raison de paniquer mais le bon sens nous dit de protéger ces plantations contre des vents plus fréquents par l’installation de haies aménagées. Dans le cadre de son programme de certification, Rainforest Alliance veille à la mise en place de zones spécifiques composées de végétation autochtone permanente, avec des arbres ou des buissons ou bien d’autres types de plantes, afin de promouvoir la biodiversité, minimiser les impacts visuels négatifs et réduire l’écoulement de produits agro-chimiques, de poussière ou d’autres substances provenant d’activités agricoles.

Pour Mélanie Bayo, directrice de l’ONG ivoirienne CEFCA, membre du Réseau d’Agriculture Durable (SAN, en anglais), les planteurs ivoiriens sont sensibles à ce discours car le rôle de l’ombrage dans les cacaoyères est aussi de mieux en mieux compris. En effet, la conception négative de l’ombrage s’éloigne progressivement et les planteurs comprennent que l’ombrage peut non seulement protéger leurs cacaoyers en période de sécheresse mais aussi contribuer à l’amélioration de la fertilité des sols qui s’appauvrissent avec le temps. Certaines espèces constituent une source supplémentaire de revenus par la vente des fruits. Une liste d’espèces natives recommandées est mise à la disposition des planteurs ; ce qui leur permet de choisir des espèces compatibles et favorables à la culture du cacao. De plus, ils peuvent s’approvisionner auprès de la Société de Développement des Forêts (structure étatique) qui met en vente des semences et des pépinières ou tout simplement préserver les espèces qui poussent à l’état sauvage (« sauvageons »).

Les planteurs reçoivent des formations sur la gestion de l’ombrage (par exemple, sur la taille des arbres et l’utilisation des branches pour faire du paillage). Cette gestion efficiente permet de réduire considérablement les effets négatifs comme l’humidité, facteur de développement rapide de certaines maladies causées par les champignons.

La perception de l’ombrage par les planteurs s’améliore donc progressivement permettant ainsi aux plantations de bénéficier d’un niveau croissant d’arbres.

Les paysans ghanéens, qui n’avaient jusqu’alors pas vraiment accès à des marchés rémunérateurs, ni à une offre de vulgarisation de techniques agricoles, voient les effets bénéfiques de la certification Rainforest Alliance dans la zone de Bia-Juabeso pour leur cacao produit souvent en bordure de forêts classées et de parcs nationaux. Les communautés se sont mises d’accord pour que quinze professeurs puissent développer dans leurs classes un programme « Sauvez l’Environnement » qui a débouché sur la plantation de 1 600 arbres avec le soutien des techniciens Rainforest Alliance. « Des élèves relais nous ont confié avoir continué à entretenir le débat avec leurs parents à propos des avantages de plus d’arbres dans ces zones dégradées », déclare Christian Mensah, responsable agriculture durable de l’ONG en Afrique de l’Ouest.

Cela signifie alors pour Rainforest Alliance et le SAN qu’une approche de nature « mosaïque holistique » peut être à la fois décidée et mise en place par les communautés elles-mêmes : « où, en tant que cacaoculteur, vais-je intensifier ma production de cabosses ? Quels sont les écosystèmes qui sont fragiles et nous apportent des services tels que eau et médicaments et qui sont aussi des barrières à l’érosion par le vent et aux inondations pour toute notre communauté ? Comment les protéger puis les renforcer ? » Et là c’est urgent dans la mesure où les plantations de cacao sont vieilles et la tentation est grande de recourir entre autres à des produits agro-chimiques miracles à court terme, avant de continuer à pousser les frontières de l’exploitation plus à l’Ouest et au Sud.

L'agriculture est une menace pour les forêts restantes. Former à de meilleures pratiques agricoles permettant d'augmenter la production est un point important pour réduire la pression sur les forêts environnantes.

L’agriculture est une menace pour les forêts restantes. Former les agriculteurs à de meilleures pratiques agricoles qui permettent d’augmenter la production est un point important pour réduire la pression sur les forêts environnantes.

La vision de Rainforest Alliance est que la monoculture n’est pas forcément souhaitable partout et que la résilience aux changements climatiques sera davantage accrue si les techniques d’adaptation et la diversification des revenus en zones agricoles et sylvicoles sont privilégiées au sein de territoires intégrés au-delà de plantations isolées.

Éric Servat, responsable Marchés Durables pour L’Europe du Sud, considère la certification comme une subvention indispensable pour soutenir les efforts en vue de cette éco-agriculture en attendant qu’apparaissent peut-être aussi des « crédits biodiversité », ou bien que les « crédits carbone » redeviennent rémunérateurs pour des groupements de coopératives à proximité des parcs nationaux. D’ores et déjà 2 000 planteurs ghanéens sont formés sur ces techniques d’adaptation aux changements climatiques de la norme SAN et ont pris leur destin en main.

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